Home - Politique - Fragilité institutionnelle: Alpha Condé conduit la Guinée là où Lansana Condé l’avait laissée

Fragilité institutionnelle: Alpha Condé conduit la Guinée là où Lansana Condé l’avait laissée

Contrairement  à ses déclarations d’intentions de départ, Alpha Condé n’est pas en train de construire un Etat à la place du pays qu’il avait trouvé à son accession au pouvoir fin 2010. Dans les faits, l’ancien opposant historique est plutôt dans une logique d’aggraver la situation laissée par Lansana Conté et héritée par la junte du Capitaine Dadis et du Général Konaté.

Le risque de glissement électoral pouvant conduire à la prorogation du mandat du président de la République est désormais réel en Guinée. En tout cas, si rien n’est fait, le président Condé, soupçonné de nourrir des ambitions d’un troisième mandat, même illégal, crée toutes les conditions pour rester à la tête du pays au-delà des délais légaux…

Pour rappel, la constitution guinéenne, dans une disposition légalement intouchable, prévoit un mandat renouvelable une seule fois pour le président de la République…

La boite aux pandores est ouverte avec le décret prorogeant le mandat des députés qui arrive à terme ce 13 janvier. Surtout que l’acte présidentiel rendu public vendredi 11 janvier ne limite pas dans le temps la période que dure le temps additionnel donné aux députés. Au contraire, il indique que le mandat de l’actuelle assemblée nationale court jusqu’à l’élection des prochains députés.

Par cet acte, Alpha Condé permet aux élus du peuple de poursuivre un mandat qui arrive à échéance. Seulement, il ne donne aucune garantie quant à l’adhésion du peuple à cette cause. Au contraire, il diminue encore la légitimité des députés considérablement entamée aux yeux de l’opinion dont une partie n’était déjà pas tendre avec cette assemblée nationale, souvent vue comme une caisse de résonance de l’exécutif…

Ce décret n’est tout de même pas sans précédent. Il rappelle si besoin il y avait, la récente crise qui a conduit à la destitution controversée du président de la cour constitutionnelle.  Kéléfa Sall, c’est de lui qu’il s’agit, avait mis en garde le président de la République contre «les sirènes révisionnistes ». C’était lors de investiture de ce dernier, suite sa réélection à la tête du pays en 2015. Une prise de position osée certes mais surtout risquée. En tous les cas, aux yeux des observateurs, qui n’est pas restée sans conséquences…

De faits et d’autres qui attestent sans ambages que le pouvoir Condé met sa machine en branle. Et à cette allure, Alpha Condé qui fait le tout pour le tout pour s’éterniser au pouvoir, conduit la Guinée exactement là où Lansana Condé l’avais laissée. Voire pire quand on prend en compte les multiples et profondes fractures sociales dont le pays est en proie du fait de la gouvernance actuelle.