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Justice guinéenne: quand ça concerne l’opposition, juge et procureur ne sont jamais d’accord

Habituellement, dans un procès, le procureur n’est pas toujours en contradiction avec le juge. Au contraire le tribunal dans sa décision, prend souvent en compte l’avis du représentant du ministère public. Même s’il lui revient la latitude de toujours  décider selon son intime conviction.

Une fois n’est pas coutume. Mais quand le fait devient récurent, il y a de quoi à attirer l’attention des observateurs et même des décideurs. Le cas le plus récent est celui du capitaine de police, Kaly Diallo, condamné par le tribunal de première instance de Dixinn à 10 ans de prison ferme et 50 millions FG de dommages et intérêts. C’était hier lundi 4 février, dans l’affaire Thierno Hamidou Diallo, un jeune home tué par balle à Bambeto en 2016, lors d’une « manifestation politique» à laquelle la victime ne prenait même pas part.

Il faut le dire, cette décision va totalement à l’encontre du plaidoyer  du procureur de la République qui, il y a quelques semaines, disculpait l’accusé. Affirmant sur la base de l’analyse balistique et des témoignages des supérieurs hiérarchiques de l’accusé, que ce dernier n’avait pas fait usage de son arme ce jour… Et de suggérer plutôt que le capitaine accusé soit poursuit pour le port d’arme non conventionnelle…

L’autre exemple où le juge n’a pas du tout écouté le représentant du ministère public, concerne la mairie de Matoto. La seule commune de Conakry qui n’a toujours pas son exécutif communal, un après l’élection. Parce que le ministre de l’administration a décidé d’annuler le processus dont l’interruption a été provoquée par un membre de la majorité présidentielle et candidat non élu sur la liste du parti au pouvoir.

A propos de l’acte de Bourema Condé, le procureur William Fernández affirme que « le ministre n’a pas le droit d’annuler une élection. Il n’avait pas le droit de faire le communiqué qu’il a fait »…

Mais la cour suprême rendra un verdict qui ne tient en aucun cas compte de cet aspect. Au contraire, en se déclarant incompétente pour juger l’affaire, la cour « constate…que l’excès de pouvoir reproché au ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation est indissociable des élections communales».

Un autre cas, concernant l’opposition toujours. Il s’agit de Souleymane Bah alias Thianguel, condamné pour complicité du meurtre de Mohamed Koula Diallo en février 2016. Le procureur du tribunal de première instance de Dixinn avait plaidé pour l’acquittement du responsable d’alors de la communication du principal parti de l’opposition (ufdg). Surtout que l’auteur de l’assassinat dont Thian’guel serait complice reste encore inconnu. Mais le juge avait fait fi de tous les arguments développer par le représentant du ministère public dans ce dossier…

Des exemples qui peuvent conduire à la conclusion que quand il s’agit de l’opposition, le procureur est de moins en moins écouté par le juge en Guinée.

Thierno Souleymane

Guineealerte.com